La corniche, dérivé du latin cornicula, signifie « petit corne » ou « rebord , souvent perçue comme un simple ornement architectural, joue en réalité un rôle central dans la construction et l’esthétique des bâtiments.
Élément saillant situé en haut d’un mur ou d’une façade, elle protège les parties inférieures de la pluie tout en marquant le style et l’époque de l’édifice.
Un peu d’histoire…
Historiquement, les premières bâtisses sous le Régime français n’intègrent pas de corniches prononcées. Mais les problèmes d’infiltration liés à l’accumulation de neige et de glace ont conduit à allonger les chevrons au-delà des murs.
Ainsi naît le larmier, précurseur de la corniche, qui permet d’évacuer l’eau plus loin des murs. Dès le XVIIIe siècle, l’introduction du coyau — pièce de bois fixée aux extrémités des chevrons — modifie la pente des toits pour accentuer ce débord.
Progressivement, les corniches deviennent plus larges, parfois jusqu’à 1,50 mètre au XIXe siècle, et surtout plus décorées, intégrant modillons, denticules et moulures inspirées de l’architecture classique.
Le matériau évolue aussi : pierre, bois, puis tôle, cette dernière permettant dès la fin du XIXe siècle une production variée et économique.
Trois grands types de corniches se distinguent :
- La corniche simple, composée d’un larmier et d’un soffite (dessous de corniche), parfois agrémenté de consoles.
- La corniche avec frise, où le haut du mur est orné d’une bande décorative (frise) mêlant caissons, dentelles et guirlandes.
- La corniche de toiture plate, fréquente au XXe siècle sur les bâtiments commerciaux, avec des formes variées : en arc, en escalier, triangulaire…
Des usages multiples selon les époques
Dans l’architecture classique, la corniche fait partie des ordres antiques — dorique, ionique, corinthien — et vient coiffer l’ensemble colonne-frise. À l’époque haussmannienne, elle devient un élément d’unité visuelle, apportant élégance et proportion à l’ensemble des immeubles parisiens. Aujourd’hui encore, les corniches sont utilisées dans la construction contemporaine pour rappeler cette tradition de finition architecturale.
Les corniches, témoins du patrimoine
Dans les villes françaises, les corniches racontent les goûts et les techniques d’une époque. À Lyon, les immeubles canuts sont parfois ornés de corniches sobres, tandis qu’à Nice, les façades Belle Époque s’illuminent de corniches aux motifs floraux. À Paris, les immeubles de l’avenue Foch arborent des corniches imposantes, sculptées à la main.
La corniche est bien plus qu’un détail : elle incarne la signature du bâtisseur, révélant l’époque, le style et la créativité de celui qui l’a conçue — à la manière d’un peintre signant son œuvre.